Chronique de Prangar

Journal de Varkas

Rouge-Collines est habitée par un mal auquel je ne saurais que trop bien donner un visage. Ce visage est celui du mal incarné, ou du moins, de ce qui s’en rapproche le plus, selon-moi. L’autre soir, des innocents sont morts à cause de mon empressement. Ils sont morts par ma faute.

Après avoir senti l’odeur de la corruption, je pistai ce qui me semblait être un mort-vivant intangible et en vint à chercher plus d’informations à ce sujet. J’interrogeai une fiélone qui me révéla que je pourrais retrouver la créature au Chien à la Queue, la taverne-même dans laquelle Bromus s’était réfugié pour y examiner l’objet magique que nous avions précédemment arraché des mains sans vies de l’un des cultistes. À l’intérieur de l’établissement se trouvait bel et bien le monstre, bien qu’il ait été aisé de la méprendre pour une femme ordinaire. Aux yeux de mes compagnons, ce suppôt des ténèbres avait l’apparence d’une demoiselle au charme indéniable, mais je la vis pour ce qu’elle était véritablement. De son horrible présence émanait la fragrance putride du mal incarné. Jamais n’avais-je senti d’existence plus repoussante que la sienne. Mes précautions précédentes de nous équiper, mes compagnons et moi, d’eau bénite me semblaient désormais bien désuètes. Néanmoins, je décidai de garder mon calme afin de préserver nos vies. La vampire, car c’en était une, nous révéla qu’elle s’était débarrassé de tous les occupants de l’auberge à cause de notre venue. Refusant de croire à ces propos sordides, j’allai vérifier de mes propres yeux la cuisine où étaient censés être entreposés une vingtaine de cadavres. Malheureusement, ils y étaient tous. Après cette macabre découverte, il me fut encore plus difficile de ne pas prendre les armes contre cette abomination, mais j’avais, intérieurement, conscience de la futilité d’une telle folie. Heureusement, je pu défoncer la porte alors que le soleil brillait toujours, Pélor soit loué, et nous nous enfuirent sous ses rayons protecteurs.

Notre fragment d’objet magique aux mains de cette vampire et Bromus désormais disparu, nous étions dans de beaux draps. Seule solution, récupérer les autres fragments de cet objet avant que notre ennemie ne le fasse. Ainsi, alertés par l’utilisation de pièces d’or nain anciennes, nous partîmes pour ce qui devait être le lieu où était gardé l’un des objets que cherchait le culte. La route fut longue et me permit de méditer sur les événements récents. À cause de ma hâte et de mes actions irréfléchies, des dizaines d’hommes et de femmes avaient été massacrés par la créature de la nuit. Leur sang tachait mes mains. Jamais, auparavant, n’avais-je songé que je puisse être responsable du trépas de tant d’innocents. Aussi me jurai-je de mettre un terme au règne de terreur de cette buveuse de sang, quel qu’en soit le prix à payer.

L’expédition dans les ruines naines ne fut pas de tout repos. Après avoir parlementé avec le gardien du hall, un nain devenu statue vivante, nous convînmes qu’il valait mieux que nous emportions le fragment loin de ce lieu, de peur que le culte ne mette la main dessus. Comme de fait, un groupe mené par un mercenaire draconique nous rejoignit quelques jours plus tard à même les ruines et je me dis un devoir de parlementer pour épargner ceux qui pouvaient l’être. Tous n’étaient pas des fanatiques et deux membres de ce groupe ne portaient pas le répugnant parfum du mal. L’affrontement fut court et, malgré sa difficulté, nous en sortîmes vainqueurs. Heureusement, le mercenaire finit par entendre raison et cessa de se battre. Je sais que certains de mes compagnons n’approuvèrent pas ma décision, mais cet homme pouvait être sauvé et il le fut. Après cela, nous déjouâmes l’embuscade de petits diablotins enflammés et récupérâmes ce que nous étions venus chercher.

Peu de temps après, nous disparûmes dans la nature sans laisser de trace, emportant avec nous ce que venait chercher la chef des cultistes elle-même. Inquiets quant à la sécurité de l’artéfact, nous jugeâmes qu’il valait mieux l’enfouir afin de le protéger des gens les moins bien intentionnés.

Notre retour à Rouge-Collines ne fut pas marqué de la moindre exclamation de joie. Au contraire, nous fûmes accueillis en criminels et fûmes traités comme tels. Heureusement, il fut aisé de prouver notre innocence. Enfin libres, nous pûmes nous enquérir auprès du chef de la garde de ce qui était advenu de Bromus, le magicien dont nous n’avions toujours pas eu la moindre nouvelle, mais nos efforts furent vains. Bromus manquait toujours à l’appel.

Depuis notre départ, l’influence du culte n’avait que diminué à Rouge-Collines. Leurs larcins avaient cessé et on ne voyait plus leurs vêtements noirs au cœur des quartiers les moins illuminés. Malheureusement pour ces fanatiques, leurs crimes ne pouvaient pas rester impunis et il nous vint l’idée d’interroger l’homme que nous avions laissé vivant à leur propos. Avec son aide, nous embusquâmes trois de leurs messagers et les envoyâmes être jugés par les dieux. Sans perdre de temps, nous infiltrâmes leur repaire afin d’en apprendre plus sur leurs intentions et sur le cerveau des opérations. Contre toute attente, notre présence était cependant attendue et un homme du nom de Vel Narez nous attendait de pied ferme. Après une lutte acharnée, nous vînmes à bout des cultistes et des démons qu’ils avaient invoqués et coinçâmes le Grand Visionnaire dans son bureau. L’heure était au jugement.

Les preuves que nous trouvâmes étaient accablantes. Vols, meurtres, sacrifices et autres rituels impies, tout était là. Lorsqu’il fut temps de tous s’entendre sur une sentence afin de l’appliquer, Belgabad décida de prendre la justice entre ses propres mains et de grossièrement mettre à mort notre prisonnier, sans le moindre égard pour le décorum. La rage qui m’envahit à ce moment est indescriptible. Comment pouvait-il prétendre rendre justice en égorgeant de manière aussi vulgaire un homme aux crimes si immondes. Que faisait-il de la justice divine et de l’importance de prendre les dieux à témoins afin de châtier le coupable ? Il aurait fallu lui énoncer ses crimes, le verdict et la sentence de manière solennelle, puis le mettre à mort. Je reste furieux en songeant que le bougre eut même l’insolence de prétendre être un agent du bien. Comment un vulgaire oiseau aussi égoïste pourrait-il prétendre servir le bien alors qu’il n’a d’égard ni pour la veuve ou l’orphelin ?  Alors qu’il lui importe peu de tuer un homme qu’il est toujours possible de sauver ? Alors qu’il n’est pas prêt à sacrifier son vulgaire or afin de traquer la source du mal ? Pour l’instant, il semblerait qu’il me soit nécessaire de m’acoquiner à ce bouffon, mais je saurai me souvenir de ses actes le moment venu.

Comments

GontranTheogal Duke97

I'm sorry, but we no longer support this web browser. Please upgrade your browser or install Chrome or Firefox to enjoy the full functionality of this site.